L’isolation thermique par l’intérieur (ITI) consiste à poser un doublage isolant sur la face intérieure des murs extérieurs. C’est une alternative à l’ITE pour les situations où l’intervention extérieure n’est pas possible (contraintes patrimoniales, refus en AG, budget limité). Elle est réalisée dans chaque logement ou bureau indépendamment.
Attention
L’ITI réduit la surface habitable de 10 à 20 cm par mur traité. Pour un appartement de 60 m² avec 3 façades extérieures, la perte peut atteindre 2-3 m². Ce point est à intégrer dans l’analyse coût-bénéfice.
Deux techniques d’ITI
Doublage en ossature métallique
Des rails métalliques sont fixés devant le mur, à 1-2 cm de la surface (lame d’air ou isolant en contact). Les panneaux isolants sont glissés entre les rails, et une plaque de plâtre ferme le tout.
Matériaux isolants courants :
- Laine de roche en panneaux (λ = 0,036-0,040 W/m·K) : 14 cm pour R = 3,7
- Laine de verre en panneaux (λ = 0,032-0,036 W/m·K) : 12 cm pour R = 3,7
- PU panneaux (λ = 0,022 W/m·K) : 9 cm pour R = 3,7 (économise de l’espace)
Doublage par collage (complexe PSE + plaque)
Un complexe préfabriqué (isolant PSE collé sur plaque de plâtre) est collé directement sur le mur. Technique plus rapide mais moins adaptée aux murs irréguliers.
Pare-vapeur et risque de condensation
Pourquoi le pare-vapeur est essentiel en ITI
En hiver, la vapeur d’eau intérieure (cuisses, cuisine, salle de bain) migre du chaud vers le froid à travers le mur. Sans barrière, cette vapeur se condense dans l’isolant ou à l’interface isolant-mur → moisissures, pourriture, effritement de la plaque de plâtre.
Un pare-vapeur (Sd ≥ 18 m) ou un frein-vapeur hygrovariable (Sd variable selon l’humidité) doit être posé du côté chaud (face intérieure) de l’isolant, entre l’isolant et la plaque de plâtre.
Cas des murs anciens en pierre ou brique
Les murs anciens en pierre ou brique sont “hygroscopiques” — ils régulent naturellement l’humidité. Poser un pare-vapeur sur ces murs peut piéger l’humidité dans la paroi et accélérer la dégradation. Pour ces murs, utiliser des isolants capillaires-actifs (liège, chanvre, chaux-chanvre) avec un frein-vapeur hygrovariable.
Décision individuelle vs copropriété
Avantage de l’ITI : chaque propriétaire peut décider d’isoler son logement sans passer par l’AG de copropriété. Pas de vote requis pour des travaux à l’intérieur d’un appartement privatif.
Limite de l’ITI : les ponts thermiques aux nez de dalle (jonction dalle béton - façade) ne sont pas traités par l’ITI — ils nécessitent une intervention extérieure. L’ITI laisse subsister ces points froids qui peuvent être source de condensation localisée.
Recommandation : si la copropriété refuse l’ITE et que des logements sont thermiquement déficients, l’ITI peut être un palliatif acceptable pour les propriétaires individuels, en attendant une décision globale en AG.
Travaux connexes lors de l’ITI
L’ITI est souvent l’occasion de regrouper plusieurs travaux :
- Remplacement des prises électriques (noyées dans le doublage)
- Pose de gaines techniques dans la lame d’air ou l’ossature
- Remplacement des fenêtres (amélioration cohérente de l’enveloppe)
- Traitement des infiltrations d’humidité existantes (avant tout doublage)
Un doublage intérieur posé sur un mur humide ou avec des infiltrations actives est voué à se dégrader rapidement — les causes d’humidité doivent être traitées avant toute isolation.
Techniques voisines
L’isolation par l’intérieur laisse subsister les ponts thermiques de plancher et de refend : leur traitement relève des points singuliers de l’enveloppe, à chiffrer dès le devis. Lorsque la façade ne peut pas être modifiée mais que la toiture est accessible, l’isolation des combles aménagés offre souvent un meilleur rapport gain sur coût.